Arm Holdings a publié ses résultats du quatrième trimestre de l'exercice fiscal 2026 le 6 mai, enregistrant un chiffre d'affaires trimestriel de 1,49 milliard de dollars — en hausse de 20 % sur un an et un record pour la société depuis son introduction en Bourse en 2023. Le bénéfice par action ajusté s'est établi à 0,60 dollar, soit deux cents au-dessus du consensus. Pour l'ensemble de l'exercice 2026, le chiffre d'affaires atteint 4,92 milliards de dollars. Les prévisions pour le premier trimestre de l'exercice 2027 font état d'un chiffre d'affaires de 1,26 milliard de dollars, au-dessus des 1,25 milliard attendus par les analystes selon LSEG, et d'un BPA ajusté de 0,40 dollar contre un consensus de 0,36 dollar. L'action a bondi de 12 % après séance avant de revenir à -5,5 % après les déclarations des dirigeants sur la capacité d'approvisionnement.

Les revenus de licences portent le trimestre, les redevances déçoivent légèrement

Le détail du mix de revenus donne le signal le plus utile du trimestre. Les revenus de licences ont atteint 819 millions de dollars au quatrième trimestre, soit +29 % sur un an et nettement au-dessus des 774 millions anticipés — ce qui constitue un indicateur avancé de redevances futures, car une licence accordée aujourd'hui génère des paiements pendant plusieurs années. Les redevances se sont établies à 671 millions de dollars, manquant les 697 millions attendus mais atteignant un record absolu, avec des redevances issues des centres de données qui ont plus que doublé pour la deuxième fois consécutive sur un an. Arm détient désormais environ 50 % de part de marché auprès des principaux hyperscalers — AWS, Google Cloud et Microsoft Azure — selon les données communiquées lors de l'appel aux analystes.

L’AGI CPU : demande doublée, capacité insuffisante

La tension du trimestre porte sur l'AGI CPU, le premier produit silicium propre d'Arm destiné aux centres de données, lancé il y a six semaines lors de l'événement Arm Everywhere. Le PDG Rene Haas a révélé que la demande des clients pour les exercices 2027 et 2028 a déjà doublé, passant de 1 à plus de 2 milliards de dollars. Le problème : Arm n'a pour l'instant sécurisé qu'environ 1 milliard de dollars de capacité de production, laissant le second milliard de demande sans couverture confirmée. C'est cet écart entre demande déclarée et capacité garantie qui a provoqué le retournement du cours en séance étendue : les investisseurs ont commencé à valoriser non plus l'exposition à l'IA, mais l'exécution opérationnelle.

Un modèle différent des fabricants de puces classiques

Arm ne fabrique pas de puces. La société concède des licences sur ses architectures à des clients comme Nvidia et Apple, puis perçoit des redevances sur chaque produit intégrant ces designs. Ce modèle confère un levier particulier dans le cycle actuel : chaque nouveau processeur IA déployé dans un centre de données génère des redevances, indépendamment du fabricant. L'action a progressé de plus de 91 % depuis le début de l'année — bien au-dessus de Nvidia, AMD ou Broadcom sur la même période — ce qui traduit l'anticipation que la multiplication des architectures IA physiques se convertit mécaniquement en revenus de redevances. Sur l'exercice complet, les redevances ont atteint 2,61 milliards de dollars, record annuel.

La question que les prochains trimestres devront trancher est celle de l'AGI CPU : Arm parviendra-t-elle à sécuriser la capacité de production nécessaire pour répondre aux 2 milliards de demande déjà enregistrée ? Si oui, les revenus de licences actuels se transformeront en royalties à partir de 2027-2028. Si la chaîne d'approvisionnement ne suit pas, la valorisation — qui dépasse 100 fois les bénéfices prévisionnels — laissera peu de marge à l'erreur.