La Plateforme des données de santé a choisi Scaleway pour remplacer Microsoft Azure comme hébergeur de son infrastructure. L’annonce marque une étape attendue depuis plusieurs années dans le dossier du Health Data Hub, devenu l’un des symboles français de la souveraineté numérique. La migration technique doit permettre à la plateforme de gérer en autonomie une copie de la base principale du Système national des données de santé entre la fin de 2026 et le début de 2027.

Pourquoi le choix de Microsoft était contesté

Le Health Data Hub a été créé pour faciliter l’usage des données de santé à des fins de recherche et d’innovation. Mais le choix initial de Microsoft Azure, en 2019, avait immédiatement suscité des critiques. Le sujet n’était pas seulement industriel. Il touchait à la protection de données particulièrement sensibles et au risque lié aux lois extraterritoriales américaines, notamment le Cloud Act.

Ces inquiétudes ont pesé sur le projet pendant des années. Des juristes, des responsables politiques, la CNIL et plusieurs acteurs de la santé ont contesté l’idée de confier une base aussi stratégique à un fournisseur soumis au droit américain, même lorsque les données sont hébergées en Europe. Le basculement vers Scaleway répond donc à une question de confiance autant qu’à une question technique.

Un processus de sélection très encadré

Scaleway, filiale cloud du groupe Iliad, affirme avoir été retenu à l’issue d’un processus évaluant plus de 350 critères techniques. Les enjeux portent sur la sécurité, la résilience, la performance, la capacité à traiter de grands volumes de données et l’exploitation dans un cadre conforme aux exigences françaises et européennes. Reuters indique que la plateforme doit concerner des données de santé de dizaines de millions de citoyens.

Le calendrier reste prudent. La migration d’un tel système ne se résume pas à déplacer des serveurs. Elle implique des contrôles de sécurité, des tests de performance, une gouvernance des accès et une capacité à garantir la continuité des projets de recherche. Scaleway devra aussi confirmer dans la durée que son infrastructure peut soutenir des usages critiques à grande échelle.

Ce que le choix dit du cloud souverain

La décision française s’inscrit dans un mouvement européen plus large. États, administrations et institutions publiques cherchent à réduire leur dépendance aux grands fournisseurs américains pour les systèmes sensibles. Reuters rappelle que la Commission européenne a récemment retenu un groupement de prestataires européens, dont Scaleway, pour un contrat cloud de 180 millions d’euros. L’Allemagne et le Danemark avancent également sur certaines migrations hors de solutions américaines.

Il serait toutefois excessif d’y voir une rupture immédiate avec tous les géants du cloud. Les administrations européennes restent fortement dépendantes d’AWS, Microsoft et Google pour de nombreux services. Le cas du Health Data Hub est plus ciblé : il montre que, pour les données les plus sensibles, l’argument de souveraineté peut désormais l’emporter sur l’habitude, la puissance commerciale ou la maturité historique des grands fournisseurs américains.

Ce que cela change pour la santé

Pour les chercheurs et les acteurs publics, l’enjeu sera de rendre les données plus accessibles sans affaiblir leur protection. C’est le paradoxe du Health Data Hub depuis sa création : mieux exploiter des données riches pour la recherche médicale, tout en respectant un niveau élevé de sécurité, de traçabilité et de contrôle public.

Le choix de Scaleway ne règle pas automatiquement toutes les questions. Il ouvre une phase d’exécution. Si la migration est menée dans les délais annoncés, la France disposera d’un exemple concret de rapatriement d’une infrastructure publique sensible vers un acteur européen. Si elle échoue ou prend trop de retard, le débat sur la souveraineté numérique restera prisonnier de la même question : les alternatives européennes peuvent-elles tenir la promesse au niveau industriel attendu ?